Grillons, vers de farine, blattes vont-ils bientôt remplacer la côte de bœuf? Avant de retrousser le nez, testons nos connaissances sur… la nutrition du futur!

Nous qui mangeons des escargots et des grenouilles – comble de l’horreur pour bien des étrangers – sommes-nous prêts à habituer nos palais aux saveurs d’une bonne sauterelle grillée et à devenir des adeptes de l’entomophagie (consommation d’insectes par l’homme)?

 

Une poignée d’insectes apporte plus de protéines qu’un steak?

Réponse

Vrai. En fonction de son degré de maturité (larve ou adulte), l’insecte peut apporter jusqu’à quatre fois plus de protéines animales (indispensables à l’organisme et à la masse musculaire) que le bœuf et 10 fois plus de vitamines D (pour la densité osseuse) que l’affreuse huile de foie de morue! Ajoutez à cela une bonne teneur en fibres (pour le transit intestinal), en oligo-éléments (cuivre, fer, magnésium, phosphore, sélénium, zinc), une richesse en oméga-3 et en bonnes graisses anti-cholestérol… et voilà l’insecte érigé au rang d’aliment parfait! Cerise sur le gâteau: avec l’entomophagie, pas de risque de vache folle ou autre grippe aviaire…

Il paraît que la blatte, c’est comme un yaourt…

Réponse

Vrai. L’intérieur du cafard serait tout blanc, pâteux et sucré comme un yaourt… Certaines guêpes afficheraient un goût de pignons de pin, les vers de farine fleureraient bon la noix et les punaises les effluves de pomme… A chaque insecte comestible, son goût et sa texture, mais aussi son mode de dégustation. Ainsi, la larve de Goliath (qui adulte, atteint la taille d’une banane), se grille et se déguste aussi simplement qu’une andouillette. En revanche, pour mieux digérer grillons et sauterelles, il est recommandé de les avaler tête la première.

Pour tirer le meilleur des insectes, il faut les avaler frais et entiers

Réponse

Faux. Pour profiter des vertus nutritionnelles des insectes, pas besoin de jouer les candidats d’émissions de télé-réalité! Certes, ils peuvent être mangés entiers (tête et pattes comprises), nature ou cuisinés (grillés, frits, bouillis, caramélisés..) mais pas seulement. On peut aussi saupoudrer de la farine de vers sur une ratatouille, déguster des grillons réduits en poudre sous forme de biscuits salés ou sucrés; les croquer déshydratés à l’apéro ou les inclure dans une recette en remplacement de petits lardons… On peut aussi faire ses premiers pas d’entomophage en fondant pour une bouchée chocolatée surmontée d’un grillon croquant en guise de noisette ou fourrée de vers de farine en guise de ganache! Et pour les amateurs, un livre de recettes spécial insectes est même paru! (Délicieux! de Romain Fessard, éditions Héliopoles, 19,80€).

C’est pour lutter contre l’obésité que les insectes vont envahir nos assiettes

Réponse

Faux. Même si la valeur nutritionnelle de l’insecte est diététiquement intéressante, c’est pour une question de survie écologique que l’on se dirige vers l’entomophagie (consommation d’insectes par l’homme). En 2050, nous serons neuf milliards de bouches à nourrir sur Terre… sans compter les millions d’animaux élevés dans ce but. Or, les surfaces agricoles ne sont pas extensibles et la production intensive dégrade la planète. D’où l’intérêt de l’insecte qui présente un taux de conversion inégalé: avec 10kg d’aliments, on produit 9kg d’insectes mais seulement 1kg de bœuf ou 5kg de volaille. De plus, produire 1kg de viande de porc entraîne 10 à 100 fois plus de gaz à effet de serre que la production d’un kilo de ver de farine qui nécessite aussi bien moins d’eau et d’espace au sol. En résumé, pour un moindre impact environnemental, les insectes permettront de nourrir tout le monde en protéines animales.

C’est pratique, on va pouvoir faire son marché sur son balcon

 

Réponse

Faux. Pas question de ramasser ou gober n’importe quelle mouche ou sauterelle passant par là! En tant qu’Européen, on n’y connaît rien. Il est impératif donc de passer par des élevages d’insectes comestibles. D’abord pour s’assurer de la qualité nutritionnelle de l’insecte. Mais aussi pour ne pas perturber l’éco-système de cette nouvelle source alimentaire. C’est en chassant à l’aveuglette que l’on finit par faire disparaître des espèces. Depuis 2011, Micronutris, une société Française pratique l’élevage d’insectes à Toulouse, les nourrissant de fruits et légumes frais et de farines de blé bio sous un taux d’humidité de 60%  avant de les proposer à la vente sur internet. En version déshydratée, ayant donc déjà subi une cuisson. Car, prudence avec les insectes frais: comme n’importe quel aliment, mal conservés, ils peuvent développer des bactéries… 

Ce n’est pas demain que les restaurants français proposeront des grillons au menu!

Réponse

Faux. A l’Aphrodite, à Nice, pour 63€, on peut déjà s’offrir un menu “Alternative food” à base d’insectes, avec par exemple: un foie gras poêlé, crémeux de maïs et croustillant de grillons au sarrasin… Et Au Festin nu, à Paris, on peut se laisser tenter par des tapas à base de sauterelles (sur feuille d’huître végétale) ou de vers à soie (sandwichés avec avocat et pomme de terre). Pour les convertis, il n’y a pas de quoi lever les bras au ciel: les crevettes que l’on mange sans sourciller sont les ancêtres des insectes et dans le Paris de la Belle Epoque, on se régalait déjà de grillons au chocolat. Et bien avant, dans la Grèce antique, on croquait des cigales tandis que chez les Romains, on engloutissait avec délice des larves de scarabées!

Manger des insectes, c’est s’offrir chaque jour un plat différent

Réponse

Vrai. Plus de 1900 espèces d’insectes comestibles sont aujourd’hui répertoriées. Et la liste ne cesse de grossir. Les plus consommés sont les coléoptères, les chenilles, les abeilles, les guêpes et les fourmis. Viennent ensuite les sauterelles, les criquets, les grillons et les cigales. Les termites, les libellules et les mouches étant les moins prisés. Mais, histoire de varier encore plus les plaisirs, la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) examine la possibilité de mettre au menu les araignées et les scorpions, bien qu’il ne s’agisse pas d’insectes au sens propre… On en salive d’avance! Mais, pour les deux millions d’entomophages que compte déjà la planète, c’est bien plus alléchant que le steak artificiel issu du laboratoire.

Manger des insectes, c’est aussi excellent pour le porte-monnaie

Réponse

Faux. En Afrique, Asie, Amérique latine, dans la plupart des pays où ils sont largement consommés, les insectes le sont avant tout pour leur goût. Notamment le grillon, partout bien plus cher que la viande. Un sachet de 40 grillons nature et déshydratés coûte tout de même 12,50€ les 40g, avant déshydratation, soit 312€ le kilo! Plus raisonnable, le paquet de 120g de sablés caramel aux vers de farine ne revient “qu’à” 7,50€, soit, 62,50€/kilo. Certes, l’insecte a le mérite de caler vite-fait-bien-fait les appétits d’ogre (on estime que 40g de grillons frais rassasient autant que 100g de steak), mais quand même! Loin d’être le plat du pauvre en période de famine, une assiette d’insectes sous nos latitudes s’apparente plutôt à un produit de luxe. Du moins à l’heure actuelle.